Jeangot - Sfar / Oubrerie

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Qui n’a pas été fasciné un jour par Django Reinhardt, ses rythmiques entraînantes et les hommes qu’il glanait dans son sillage ? Moi, il me subjugue depuis l’enfance et je ne cesse d’y revenir. C’était donc avec un mélange d’excitation et d’appréhension que j’abordais ce premier tome de Jeangot de Joann Sfar et Clément Oubrerie. Verdict ? Ce « Renard manouche » est prodigieux!

Le récit démarre sous la plume d’un certain Niglaud, hérisson de son état : « Le problème des manouches, c’est qu’ils bouffent les hérissons. La plupart des gens s’en tamponnent, mais moi qui suis un hérisson, ça m’ennuie. » 

Lui est né en 1910 dans une roulotte perdue en Belgique qui appartient au couple Renart. Par chance, le petit Jeangot naît peu de temps après et se prendra d’affection pour le petit hérisson, qui échappera ainsi à la casserole.

Les deux vont grandir côte à côte, et comme pour eux c’est tous les jours jeudi, ils vont mettre à profit ce temps libre pour peaufiner leurs techniques de pêche, de banjo et de drague. Sillonnant l’Europe et la Méditerranée avant de se fixer à Paris après guerre, les deux inséparables vont petit à petit se faire une place dans le monde de la nuit, des bars et des bals. Mais un incendie se déclare une nuit dans la roulotte de Jeangot, et va tout changer.

On le comprend, même si le récit prend beaucoup de libertés, il reste directement adapté de la vie de Django Reinhardt. On retrouve les éléments clés de sa biographie, la naissance en 1910 en Belgique, le banjo qui sera son premier instrument, l’incendie, la longue hospitalisation, la perte de l’usage de deux doigts de sa main gauche. 

Mais le vrai génie de cet album tient en réalité dans le reste : dans cette capacité à mettre le récit en relief à travers ce personnage de Niglaud, narrateur de l’histoire et peut-être bien personnage principal au final. Celui qui rappelle le véritable frère de Django, Joseph dit Nin-Nin, son compagnon de toujours. L’alternance entre ses souvenirs et le présent fait des merveilles, et l’on se passionne presque plus pour ces intermèdes géniaux que pour le récit de la vie de Jeangot.

Joann Sfar injecte aussi une bonne dose de malice dans ces deux personnages qui s’encanaillent à la première occasion. L’étaient-ils vraiment, malicieux et rieurs ? Peu importe, leur musique l’est, sans aucun doute. 

Clément Oubrerie est dans le ton également. Il sait tirer profit de toutes les situations pour mettre en scène ses personnages animaliers et leur conférer toute une palette d’expressions. Les ambiances sont également très finement dépeintes, avec peu d’éléments. On croit à tout, le Paris du début du siècle, l’ambiance des maisons closes et des bars de campagne, la grisaille des terrains vagues. 

Joann Sfar et Clément Oubrerie nous proposent une vie de Django Reinhardt, peut-être pas tout à fait la vraie, mais celle qui appartient à l’imaginaire collectif. Cette vie, elle est autant nourrie d’éléments réels que de mythe ; elle s’est aussi nourrie de cette musique si particulière, ce jazz rieur, coquin et empli de liberté. L’album est exactement à cette image : rigolard, fougueux et beau.



Scénario & Dessins : Calvo - Editeur : Gallimard - Série en cours - 1 tome.



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