Kill your boyfriend - Morrison / Bond

. . 2 commentaires:
Panini Comics ressort de ses cartons un ancien Grant Morrison, publié pour la première fois en 1995. Occasion de vendre sur le nom prestigieux de son auteur ou désir de faire redécouvrir une œuvre injustement oubliée ? Sûrement un peu des deux, mais en ce qui me concerne, je ne suis pas mécontent qu’elle me soit tombée entre les mains.
Une adolescente anglaise s’ennuie ferme. Au lycée, où les cours et les élèves rivalisent de conformisme, et chez elle, petite maison pour une famille de la middle class engoncée dans ses principes d’éducation. Et pas sûr qu’en dehors de tout ça elle fasse grand-chose. Alors quand elle subit une énième « leçon » de la part de ses parents, elle claque la porte avec la ferme intention de ne plus jamais revenir. Comme toujours.

Mais cette fois-ci elle va croiser la route d’un jeune voyou qui la prendra sous son aile. Il commencera par lui expliquer que l’ennui qu’elle éprouve peut disparaître très facilement : il suffit de laisser aller ses pulsions et de goûter à la criminalité. Rien de tel pour agrémenter un quotidien. Première épreuve, tuer son petit ami. Ce qui ressemble à une mauvaise blague de lycéen se révèlera en réalité la première étape d’un road-trip sanglant dans l’Angleterre post-Thatcher.

Grant Morrison s’essaie ici au récit des amants-criminels, un grand classique. Il s’inspire, comme beaucoup, de la cavale de Charles Starkweather et Caril Ann Fugate, couple d’assassins mythiques. Le début du récit est plutôt réussi, en partie grâce aux apartés de l’héroïne qui s’adresse directement au lecteur. Ce procédé renvoie une image très froide de l’adolescente, dépourvue d’affect et de tout sens moral. Bizarrement, c’est aussi ce qui la rend incroyablement réelle.

Mais, à l’instar de son illustre contemporain « Tueurs nés », Kill your boyfriend se perd un peu en cherchant à tout prix à être une critique acerbe de la société. Diktat des médias du côté d’Oliver Stone, dureté thatchérienne et société complice pour Morrison. Du coup, passé le milieu de l’histoire et la rencontre avec le groupe d’artistes avant-gardistes anarcho-terroristes, on tombe dans un burlesque peu intéressant. Le dessin de Philip Bond et la colorisation criarde apportent par contre une touche vintage qui sied bien au récit.

Kill your boyfriend n’est certes pas exempt de défauts, mais il possède un charme certain. Avec ce récit d’une cavale sans issue, Grant Morrison signe une histoire en marge, comme un hommage aux amours adolescentes. Car c’est bien la relation amoureuse des deux héros qui prime, pas tellement leurs actes. Après, de là à y voir -comme le suggère Morrison dans sa postface- une variation sur le mythe dionysiaque, faut quand même pas pousser…


> Lire la preview sur le site Panini Comics



Scénario : Grant Morrison - Dessins : Philip Bond
Editeur : Panini Comics - Collection Vertigo - Récit complet.



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2 commentaires:

  1. C'est pas vraiment l'histoire d'amour que j'ai considéré comme étant primordiale, mais plutôt la vision qu'ont les protagonistes (et l'auteur ?) sur l'Angleterre. Tout d'abord on voit une Angleterre sclérosée, remplie de personne sans courage, avec une vie sans intérêt, et qui ne font rien pour arranger ceci.
    Puis avec les membres du bus, il se moque clairement de toutes les catégories de personnes qui se présentent comme des marginaux lucides sur la société, mais qui ne sont en réalité que des beaux parleur, qui ne mettent jamais leur parole en action (et il y en a encore tant aujourd'hui =] ). Il désigne ici un éventail de possibilité, mais on retient surtout ceux qui se prétendent artistes.
    Enfin, le finale nous montre à quel point on ne peut modifier la société, mais c'est elle qui nous transforme, même si au fond de nous on a toujours ce côté rebelle de notre adolescence.

    Voilà, point de vue posté tardivement, je l'admet

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  2. Effectivement, la relation amoureuse sert de prisme à travers lequel on découvre la vision de la société anglaise de Morrison. Quand tu évoques "ce côté rebelle de notre adolescence", je pense que ça sied bien à Kill your boyfriend: c'est rebelle, radical, parfois ridicule, mais sincère.

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