Post Mortem - Pierre Maurel

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Pierre Maurel est un acteur de premier ordre du fanzinat, ayant publié déjà quelques titres à L’Employé du Moi, dont le très remarqué Blackbird, récit engagé sur la liberté artistique dans un monde où l’autoédition est punie par la loi. Avec Post Mortem, il cultive à nouveau la critique sociale sur fond d’anticipation.

Le gouvernement français, aidé par les progrès de la science, s’est mis en tête de ressusciter les morts afin de se dégoter une main d’œuvre certes un peu à la masse mais gratuite. Et c’est peu dire que la mesure fait débat dans la société. Jérémy, bassiste dans un groupe, y est viscéralement opposé. Alors qu’il part effectuer une dernière livraison pour son boulot en pleine nuit, il est percuté par une voiture à un carrefour.

Sa mère décide, au grand désarroi de ses amis, de signer sa résurrection. Un ersatz de Jeremy se retrouve donc à trimer dans une usine de pneus. Et pendant ce temps, la colère monte dans les franges extrémistes, des milices s’organisent. Le chaos n’est pas loin…

L’histoire imaginée par Pierre Maurel fait immédiatement écho au grand retour (qui a déjà bien une dizaine d’années) des zombies dans les productions BD, séries télé, cinéma,… Et pourtant, à y regarder de plus près, hormis la critique politico-sociale, rien de bien commun. Dans Post Mortem en effet, on comprend vite que les revenants ne sont qu’un habile moyen de mettre en lumière les maux de notre société, mais en aucun cas une menace réelle pour les vivants.

Et Pierre Maurel mène habilement son propos, évitant l’écueil du trop-plein de signification. Car ce qui importe ici ce sont bien les attitudes des masses face à une contingence, et non de savoir ce que les revenants sont censés représenter. On y lit aussi l’inconséquence d’une gouvernance et de ses méthodes.

Le dessin, maîtrisé et foutrement bien pensé, perd malheureusement un peu de caractère avec la colorisation, qui aplanit beaucoup. Reste que le rythme est là, que l’action se vit et que les décors rendent une impression très réaliste.

Pierre Maurel propose une vision noire, et malheureusement réaliste, d’une société où l’on se méfie de l’autre, où on le stigmatise et où on l’élimine. Avec cette variation sur les revenants, il brosse aussi en fond un portrait peu amène de l’Etat qu’on serait bien en peine de contredire. Un très bon récit, rythmé et haletant.



Scénario & Dessins : Pierre Maurel - Editeur : Gallimard - Collection Bayou.




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