L’Etranger - Camus / Ferrandez

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On connaît l’attachement porté par Jacques Ferrandez à l’Algérie, son pays natal tôt quitté. Il est, entre autres, l’auteur d’une fresque sublime sur l’Algérie coloniale, Les Carnets d’Orient. Après avoir adapté L’hôte, l’une des nouvelles du recueil L’exil et le royaume qui conte l’histoire d’un instituteur aux prises avec les affres de la colonisation, il s’est attelé à l’adaptation de l’Etranger, roman phare d’Albert Camus et de la littérature de l’absurde. Et c’est de toute beauté.

L’histoire de l’Etranger, tout le monde la connaît. Meursault, qui est aussi le narrateur du roman, reçoit un télégramme lui annonçant la mort de sa mère. Il part donc assister aux funérailles, dans un village non loin d’Alger. Mais son comportement intrigue : là où chacun s’attend à voir un fils éploré, lui ne manifeste aucune réaction particulière.

Après l’enterrement il va retomber sur Marie, une dactylo de sa connaissance avec qui il va nouer une relation. Puis viendra ce week-end au bord de la mer, où Meursault et Marie seront invités par Raymond Sintès, le voisin peu recommandable. Jusqu’au drame, incompréhensible, qui se jouera sur la plage le dimanche…

Tout a été dit, ou presque, sur ce roman d’Albert Camus. Il concentre en fiction toutes les thèses de l’absurde : l’hostilité du monde, la morne répétition de la vie, l’incommunicabilité et la certitude de la mort. Le personnage principal, narrateur et pourtant tellement effacé, ce Meursault que Camus ne nomme que deux ou trois dans son roman, prend ici forme sous le trait de Jacques Ferrandez. Il lui prête des faux airs de star hollywoodienne, à la James Dean.

La principale difficulté dans l’adaptation d’un tel roman est justement cette éternelle oscillation entre l’omniprésence de Meursault et son effacement. C’est aussi ce dilemme : rester sur une « voix-off », une narration à la première personne ou le raconter autrement ? A la lecture de cet album, on est tenté de dire que Jacques Ferrandez n’a fait que des bons choix : sa représentation de Meursault en beauté muette et inexpressive fait sens, de même que l’abandon de la narration originelle pour des dialogues. Il aurait été probablement risqué de garder une voix-off, trop souvent utilisée en BD pour singer le cinéma.


Quant aux dessins, mais ça ne faisait d’avance aucun doute, ils sont sublimes. Des aquarelles éclatantes, des paysages et des décors à la fois précis et expressifs. Cette luminosité chère à Jacques Ferrandez dans ses Carnets sied d’ailleurs à merveille à cette histoire, dans laquelle le soleil, son éclat et sa chaleur, jouent un rôle si important.

Cette adaptation de l’Etranger par Jacques Ferrandez est parfaite. Le travail de réécriture, les choix opérés et le rendu final témoignent de la virtuosité de l’auteur. Il a su reraconter sous une forme nouvelle cette histoire étrange et bouleversante. Mais c’est aussi à n’en pas douter un hommage humble et respectueux à Albert Camus, tellement plus chaleureux qu’une triste place au Panthéon !



Scénario : Albert Camus - Adaptation/Dessins : Jacques FerrandezEditeur : Gallimard - Collection Fétiche - Récit Complet.




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