Je n'ai jamais connu la guerre

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Darius a inventé un procédé permettant d'implanter n'importe quel souvenir dans la tête des gens, en se faisant faire une simple piqure. Comme il ne cesse de s'en vanter lors des soirées qu'il fréquente, depuis que sa société existe la criminalité a baissé, les gens se soignent avant de commettre le moindre impaire et les prisons sont presque vides.

Il est vrai que ce procédé offre de nombreux avantages : outre le fait de pouvoir assouvir n'importe quel fantasme, il permet également de modeler la mémoire et déformer ainsi les souvenirs afin de ne garder que le bon, ce qui arrange, ce qui est acceptable.


Mais comme un dealer qui ne sait se résoudre à ne pas consommer son fond de commerce, Darius ne peut s'empêcher de s'injecter régulièrement des souvenirs et petit à petit, il s'enfonce dans une spirale dans laquelle distinguer le souvenir, le rêve et la réalité devient de plus en plus complexe.

Il en va de même pour le lecteur, pour lequel cette confusion est parfaitement restituée. On a parfois du mal à recoller les morceaux de cette histoire et l'on en vient plusieurs fois à douter de l'authenticité de certains faits. Et c'est, en partie, ce qui rend ce récit si intrigant.

Puis il y a ce malaise, que ce winner en apparence cache aux yeux de tous, même à ses proches. Des souvenirs atroces, des douleurs qui n'ont jamais cicatrisé et qui le torturent certaines nuits revenant toujours et sans cesse dans ses cauchemars. Alors l'évasion s'offre ainsi à lui, comme si elle pouvait être le seul remède…

Le récit de Joseph Safieddine est habilement construit et même s'il arrive à nous perdre à plusieurs moments, le scénariste en fait ressortir beaucoup de psychologie et de réflexion. J'avoue qu'à la fin de cette première lecture je me suis sentie un peu perdue, me demandant au final si certains passages que je croyais réels n'étaient pas juste des fictions. Réussir à mettre le lecteur dans le même état que le personnage est un petit tour de force, ici parfaitement réussi.

Les dessins de Maud Begon aident à nous y retrouver, changeant d'ambiance ou de style d'un case à l'autre. Ils expriment avec beaucoup de justesse de nombreux sentiments, comme la détresse profonde de ce personnage mais aussi des moments d'intimité vraiment touchants.

Voilà un album qui ne laisse pas indifférent. Le concept est intelligent et même si nous l'avons déjà croisé dans certaines oeuvres de science-fiction, il est développé d'une façon très profonde, intense et sensible. Les souvenirs sont peut-être au final une des choses les plus précieuses que chacun de nous possédons, "Je n'ai jamais connu la guerre" nous le rappelle d'une façon un peu choc, un peu complexe mais tellement sincère.



Scénario : Joseph Safieddine - Dessins : Maud Begon 
Editeur : Casterman - Collection KSTR - Récit complet.  



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