Unlucky Young Men

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1968 aura été le théâtre de révoltes, étudiantes entre autres, dans de nombreux pays. On retient bien sûr notre mois de mai et le printemps de Prague, mais il y eut aussi le Japon et sa multitude de groupuscules communistes ou nationalistes qui ébranlèrent la capitale. C’est ce climat tendu des sixties nippones que tentent de restituer Eiji Otsuka et Kamui Fujiwara dans leur Unlucky Young Men, publié ce mois-ci par Ki-Oon. Le résultat est à l’image de la couverture : une réussite.

L’action démarre donc à Tokyo en 1968. N. vient d’arriver avec l’espoir d’un nouveau départ, de laisser définitivement derrière lui son passé criminel. Il rencontre T., de quelques années son aîné, comique raté dans un bar jazz, le Village Vanguard. Les deux amis vont y côtoyer, sans jamais réellement les suivre, quelques uns des membres les plus éminents de la jeunesse révolutionnaire.

T., bien conscient de ses limites dans le stand-up, rêve de percer dans le cinéma. Il est d’ailleurs en train d’écrire un scénario, intitulé Unlucky Young Men, et demande à N. d’endosser le rôle principal. Il y sera question de génération désabusée et de hold-up ambitieux…

Otsuka et Fujiwara ont chacun à leur manière déployé un travail incroyable pour ce récit. Le scénario d’abord : Otsuka a construit cette fiction en la truffant de faits réels, et en premier lieu les personnages principaux. N., pour Norio Nagayama, tueur en série qui deviendra écrivain en prison (il sera exécuté en 1997), et T. pour Takeshi Kitano, réalisateur mondialement connu. Il est avéré que les deux ont travaillé à cette époque ensemble au Village Vanguard. Mais aussi la création de l’ARU, l’Armée Rouge Unifiée, un groupuscule extrémiste, le casse des 300 millions de yens, etc. Tous ces éléments sont réinterprétés (rien n’indique que Kitano et Nagayama ait été si proches), mis en scène afin de donner corps à cette chronique d’une époque.

L’ambiance est également soutenue par les dessins de Fujiwara, qui a travaillé en se basant sur l’esthétique des films de l’ATG, société qui a produit nombre de films indépendants de cette époque. Il a donc réalisé un premier storyboard, puis a photographié de véritables acteurs pour chaque case en s’inspirant des cadrages de l’ATG, et enfin a redessiné l’album à partir de ces clichés. Difficile pour nous de dire si le résultat est fidèle, mais une chose est sûre : on croit à cette ambiance, à ces rues pas encore aseptisées et à cette jeunesse perdue.

Unlucky Young Men est une des très belles découvertes de cette rentrée. Récit dense, témoignage d’une époque trouble, on traverse ces 350 premières pages happé. Félicitons au passage Ki-Oon pour la réalisation de cet imposant volume en format Latitudes et hardcover, la cerise sur le gâteau.






Scénario : Eiji Otsuka - Dessins : Kamui Fujiwara
Editeur : Ki-oon - Série en cours - 1 tome.
© Kamui FUJIWARA 2007 © OTSUKA Eiji Jimusyo 2007 / KADOKAWA CORPORATION, Tokyo.




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