La plaine du Kantô - Kazuo Kamimura

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S’il est un appel auquel je ne résiste pas, c’est bien celui du souvenir. Je prends toujours un plaisir incroyable à l’évocation des évènements passés, filtrés par la mémoire et l’oubli. 

Dans l’avant-propos, Kazuo Kamimura écrit : « Mon horizon, c’est ma jeunesse passée dans ce coin reculé de la plaine du Kantô ». Il ne m’en fallut pas plus pour réserver à ces « images flottantes de la jeunesse » une place à côté d’"A la recherche du temps perdu" dans ma bibliothèque.

 Le récit se déroule donc dans la région de Chiba, zone rurale qui subsiste aux affres de la guerre grâce à son activité agricole. Nous sommes en août 1945. Le jeune Kinta est en train de jouer avec ses amis quand un avion de l’US Air force s’écrase dans un champ. Le pilote, légèrement blessé, sera recueilli par le grand-père de Kinta. Pas réellement libre, pas non plus prisonnier, cet américain intrigue beaucoup les enfants du coin, en particulier cette étrange substance qu’il mâche sans discontinuer…

S’en suivront bien d’autres histoires, d’autres tableaux, qui s’attacheront à montrer cette jeunesse aux prises avec ses rêves se heurter à la réalité des adultes, leurs vices, leurs faiblesses, leurs plaisirs.

Ce qui frappe le plus à la lecture de ce premier tome, c’est l’étonnante finesse avec laquelle sont dépeints les sentiments, sans jamais une once de mièvrerie. La nostalgie chez Kamimura se fait simple, humble, sans fard. Portraitiste fidèle de la jeunesse, on suppose qu’il l’est aussi du Japon d’après-guerre, déboussolé, vide, comme la voix monocorde de l’Empereur annonçant la capitulation.

Difficile de dire pour le novice que je suis si le dessin était innovant pour l’époque (première publication en 1976). Ce qui est sûr, par contre, c’est qu’il est d’une immense richesse, rendant palpable le moindre bruissement de feuille comme le sentiment le plus complexe.

Si l’on sait grâce à Pluto qu’Urasawa est un grand admirateur de Tezuka, on jurerait en lisant La plaine du Kantô qu’il l’est aussi de Kamimura. Les visages des deux héros, Kinta et Ginko, me rappellent en effet Kenji et se amis (20th century boys), tout comme leurs après-midi passés dans les champs, leurs discussions assis au coin de la rue et leur fascination pour le soldat américain.

Œuvre incontournable, La plaine du Kantô annonce les grands mangakas contemporains comme Urasawa ou le Taniguchi des années 90. Kazuo Kamimura célèbre sa jeunesse, au travers de moments de vie, anecdotiques mais fondateurs. Témoignage d’une époque et d’une région, un sentiment contemplatif émerge à la vue des paysages, des grands espaces, désormais révolus. La collection Sensei pourra légitimement s’enorgueillir de ce nouveau titre. Merci Kana !


396 pages. Prévu en deux tomes. Sortie du tome 2 prévue pour le 15 avril




Scénario & Dessins : Kazuo Kamimura - Editeur : Kana - Collection Sensei
Série en cours - 1 tome.
© by KAMIMURA Kazuo / Koike Shoin



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