Le Roi Léo - Osamu Tezuka

. . 11 commentaires:
Est-il encore besoin de présenter Le roi Léo ? La sortie du Roi Lion de Disney en 1994 avait permis de remettre au goût du jour l’œuvre de Tezuka en dénonçant le plagiat dont elle avait été victime. 

Je ne garde que peu de souvenirs du long métrage et serais donc bien incapable de rentrer dans ce débat (j’imagine également que tout a dû être dit sur le sujet depuis 15 ans…). Mais cette réédition spécial kids offre une bonne occasion de se replonger dans un incontournable du manga.

Le choix par Kaze d’un titre de Tezuka pour le lancement de leur collection jeune public « Kaze Kids » peut légitimement soulever des interrogations. Il y a souvent débat sur le style de Tezuka : dessins faussement enfantins et histoires plus dures qu’il n’y paraît ; le Roi Léo ne déroge pas à la règle.

Le pitch : Pandja, majestueux lion blanc, règne sur la savane africaine et protège les autres animaux des cruels braconniers. Deux hommes blancs trouveront la faille en capturant sa femelle, l’obligeant ainsi à affronter une mort certaine. Sur le chemin du retour qui la conduit dans un zoo européen, elle mettra au monde le fils de Pandja, Léo, qui après un long périple retrouvera son continent d’origine afin de marcher sur les traces de son père.

On retrouve dans ce récit tout ce qui fait le « style Tezuka » : un trait clair, un découpage riche et soigné, un humour omniprésent et ses thématiques phares (respect de la nature, rejet de la civilisation). Récit initiatique, Le Roi Léo relaie un message simple, libertaire, mais en revêtant tout de même une forme complexe. La multiplication des personnages secondaires, assez proche finalement du théâtre classique, offre ainsi de nombreux points de vue et le développement d’intrigues parallèles.

On cherche toujours à sectoriser, classer, trier (je sais de quoi je parle, je suis bibliothécaire, dans le genre on est plutôt monomaniaques…). Ces questionnements sont pourtant bien futiles. Dans le cas présent, il suffit de dire que Tezuka a construit son histoire sans contraintes, a servi son propos sans cacher les morts et les peurs, pour comprendre que Le Roi Léo peut être lu sans limite d’âge. Car c’est finalement la qualité principale des grandes œuvres que de ne jamais s’abaisser à un lectorat particulier et à ses stéréotypes.

Kaze a donc fait un excellent choix en inaugurant la collection Kids avec ce bon vieux Tezuka et son Roi Léo. L’édition grand format et le sens de lecture français, s’ils rebuteront les puristes, sont bien souvent pourtant une condition sine qua non pour les plus jeunes, et offre par ailleurs un confort de lecture certain (bon, d’accord, je ne suis pas un puriste). 



Scénario & Dessins : Osamu Tezuka - Editeur : Kazé Manga - Collection Kazé Kids
Série en cours - 2 tomes.
© by Tezuka Production



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11 commentaires:

  1. Osamu Tezuka, en France, voilà un problème bien compliqué. A l'origine, il n'existe pas plus populaire que Osamu Tezuka parmi les mangaka, et ses premiers travaux se sont inscrits dans le cadre de magazines destinés aux jeunes lecteurs ; ce qui ne l'empêchait pas d'ajouter des messages en filigrane, ou d'adopter des tons parfois durs, mais en cela - selon ses propres dires - il ne faisait que reproduire le style des long-métrages de Walt Disney (dont il était un grand fan). Ainsi, le Roi Leo fait parti de ses manga destinés aux enfants, cela ne fait strictement aucun doute ; il suffit de prendre en compte l'époque de publication, le magazine attaché, ou son style graphique.

    En France, ce sont d'abord ses œuvres pour la jeunesse qui sont apparus, sous la forme de leur adaptation animée : Tetsuwan Atom (Astro Boy), Jungle Taitei (Le Roi Leo), et Ribon no Kishi (Princesse Saphir). Plus tard ses manga, mais ils ont eu du mal à s'imposer ; de nombreuses tentatives, en particulier chez Glénat, se sont soldées par des arrêts impromptus.

    Finalement, il a réussi à se faire un nom - et quel nom - notamment suite à des nominations à Angoulême et des critiques élogieuses. Seulement, le lecteur français de Osamu Tezuka est une créature complexe ; nombre de ses fans de lisent pas ou peu de manga, et parmi les nombreux lecteurs de manga, peu s'intéressent vraiment à lui. Les œuvres de ce mangaka populaire se semblent désormais fonctionner que sur un lectorat "élitiste", ce qui explique notamment que nous le retrouvions chez un éditeur indépendant comme Cornélius (de la même façon que Shigeru Mizuki).

    La politique de Kaze de destiner Le Roi Leo à la jeunesse se comprend, puisque cela correspond au public premier de ce manga, celui pour lequel il a été conçu. Seulement, cela correspond aussi à un pari risqué : les changements apportés pour satisfaire les jeunes lecteurs - le sens de lecture, le traitement des onomatopées - ne peuvent que déplaire aux véritables amateurs de Osamu Tezuka en France.

    Officiellement, Kaze a annoncé une édition conforme à celle japonaise, destinée à ses lecteurs habituels. Néanmoins, cela ne se fera que si cette première édition se vend bien. Or, cela ne semble pas être le cas...
    Les lecteurs de Osamu Tezuka attendent pour la plupart cette édition plus respectueuse du matériau d'origine - j'en fais parti - mais si les ventes ne suivent pas, cela reviendra à un beau gâchis. Non seulement Kaze n'aura pas réussi à accrocher le jeune public, mais en plus, en se coupant du public habituel de l'auteur, il aura condamné l'œuvre à un échec.

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  2. @Gemini : merci pour ce commentaire complet et instructif :o)

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  3. @Gemini: c'est vrai que Tezuka peine à rencontrer un large public en France. Dans ma médiathèque, où le rayon manga sort énormément et le rayon indés se défend bien, Tezuka ne bouge quasiment jamais... Sais-tu s'il est encore beaucoup lu par les jeunes japonais ou si ses oeuvres rencontrent le même problème?

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  4. A noter qu'Astroboy, par contre, a été édité par Kana dans la collection "Sensei", destinée au public "connaisseur" (sic).

    Sinon, Recommenderiez-vous Léo à un enfant de 6 ans et demie? j'ai pensé l'offrir à mackie junior...

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  5. @Mackie: le niveau de lecture n'est pas extraordinairement élevé, par contre l'oeuvre est assez longue (environ 160 pages par tome), ce qui peut faire peur s'il débute en lecture (dans ce cas, une petite lecture à deux, c'est pas mal aussi...)
    Sinon, l'histoire est belle et est aussi prétexte à des passages pédagogiques très bien amenés sur la dérive des continents, l'Egypte antique, la faune et la flore africaine,...
    Plus beaucoup d'humour, d'inspiration cartoon. Comme le rappelle Gemini, Tezuka était un grand admirateur de Disney, et c'est vrai que le Roi Léo est assez proche de cet esprit. Pour ma part je n'hésiterais pas à tenter l'aventure.

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  6. @Mackie : Le Roi Leo pour Mackie junior, cela ne me semble pas poser de problème. Par contre, évitons de parler de Astro Boy, j'ai encore mal au fondement.

    @Tristan : Elle a Lille ta médiathèque ? Je n'ai plus grand chose à lire, là...
    Concernant le succès au Japon, je ne sais trop quoi te répondre. Tout ce que je sais, c'est il y a toujours une actualité autour de Osamu Tezuka au Japon vis-à-vis de l'animation, que ce soit à travers les rediffusions régulières de ses classiques, ou les nouvelles adaptations de ses œuvres ; actuellement, des animes de Bouddha et de Princesse Saphir sont en préparation, et il me semble qu'il y a encore un Roi Léo dans les cartons (à vérifier). Même si Osamu Tezuka appartient au patrimoine nationale, je ne pense pas que les Japonais continuent d'exploiter son travail si cela ne rencontre pas effectivement le succès, j'en déduis que ses manga fonctionnent encore. Concernant spécifiquement le jeune public et ses manga, je ne saurais te dire...

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  7. "Rejet de la civilisation" me paraît une expression abusive. Si il prend effectivement le parti des animaux, Tezuka c'est aussi l'émerveillement face à la science et la technologie, la déférence envers la grandeur de la connaissance humaine. Sa critique constante de la bureaucratie et du capitalisme plaide davantage en faveur d'une société dans laquelle le vivant serait placé au centre des préoccupations que pour un retour capricieux à la nature.

    Quant à l'affaire du "Roi Lion", rappelons que ce n'est pas le manga qui a servi d'inspiration aux producteurs de Disney, mais la version animée de 1965.

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  8. mackie junior me pique allègrement mes blake et mortimer, et il lit tout seul depuis longtemps.
    bon je sais ce qu'il me reste à faire. merci pour les conseils.

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  9. @Mackie: un futur grand lecteur!

    @Gemini: merci pour les précisions et les recherches

    @Amrith: tu as raison, "scepticisme" conviendrait mieux.

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  10. Peut-être une bonne nouvelle de la part de Kaze Manga : http://www.manga-news.com/index.php/serie/Roi-Leo-le-Deluxe

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  11. C'est une très bonne initiative de Kaze que de réediter ce manga( même si on est d'accord sur le fait que l'éditer dans la section kids...est à revoir).

    C'est vrai que Tezuka de manière général est lisible pour un large lectorat, quoi que je ne mettrai pas Black Jack entre toutes les mains par exemple ! Bon article en tout cas.

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