Féroces tropiques - Bellefroid / Pinelli

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Heinz von Furlau navigue à bord d’un bateau du Reichkoloniat, le Kaiserin Augusta IV. Sa condition de peintre d’Etat le condamne à rester cet être à part, « le peintre », ni réellement marin ni tout à fait humain pour les hommes d’équipage. Drôle de destin que le sien… Lui-même y songe : sa place serait plutôt dans une galerie berlinoise.

Mais tout changera lors d’une escale initiatique en Papouasie. Brutal choc des civilisations, perte de repères, la sensation que plus rien ne sera comme avant, vie, vision du monde, art. Voyage intime, universalisable, Heinz von Furlau livre dans ce journal intime les bouleversements de son être.

Carnet intime, chronique de guerre, récit de voyage. Difficile de définir Féroces tropiques. Il est peut-être tout à la fois, aussi loin de l’académisme que pouvait l’être son héros. Thierry Bellefroid signe un superbe scénario, exigeant mais profondément humaniste. Probablement lecteur de Claude Lévi-Strauss, il donne une vision littéraire du relativisme de son aîné. En pleine débâcle européenne, où les tensions commencent à préfigurer la première guerre mondiale, Heinz von Furlau découvre que ces indigènes dépeints comme des animaux sont en fait des hommes ayant choisi une autre alternative.

Le dessin de Joe Pinelli, hommage à l’expressionnisme, est saisissant de profondeur. Jouant sur des champs chromatiques, il renforce le sentiment introspectif du texte ; Joe Pinelli nous donne à voir ce que von Furlau ressent, l’indicible d’une vision. En témoigne la première case du front de la Somme, épaisse fumée qui ne laisse rien ressortir mais dont on sait ce qu’elle cache : l’horreur, la peur, la mort.

La collection Aire Libre, comme à son habitude, nous offre un titre hors normes. Thierry Bellefroid réussit à transmettre beaucoup à travers le journal de Heinz von Furlau, dont on ne sait s’il fut bien réel malgré les notes en fin d’ouvrage. Mais après tout, peu importe, tant son stoïcisme est universel. On gardera longtemps à l’esprit ces impressions de bonheur, loin de toute civilisation européenne, magnifiées par les huiles de Joe Pinelli.



Scénario : Thierry Bellefroid - Dessins : Joe Pinelli 
Editeur : Dupuis - Collection Air Libre - One-shot.  



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