Asterios Polyp - David Mazzucchelli

. . 2 commentaires:
Je vous avais parlé il y a peu de Body World de Dash Shaw, qui m’avait séduit par sa richesse graphique et narrative, psychédélique, exubérante. J’en avais fait un de mes favoris d’Angoulême 2011, certain que le jury ne pourrait que s’enthousiasmer pour cette œuvre ambitieuse. 

C’était sans compter sur David Mazzucchelli et son Asterios Polyp, que je n’avais pas encore lu à l’époque, très justement distingué (Prix spécial du jury).

Asterios Polyp végète dans son appartement de Manhattan, mal rasé devant un mauvais porno, bien loin du port altier qu’il arborait encore quelques années auparavant. Un éclair traverse le ciel, un incendie se propage et quelques minutes plus tard Asterios se retrouve sous la pluie à regarder brûler son appartement. Il a cinquante ans.

Avant cela, Asterios occupait la chaire d’architecture de la prestigieuse université Cornell et s’était taillé une solide réputation d’architecte « de papier ». En clair, théoricien renommé mais pas bâtisseur. Brillant en société, il éblouira Hana, jeune artiste plasticienne, lors d’une réception. Puis la vie (dé)fera le reste. C’est ce destin que David Mazzucchelli nous propose.

Tout le sel de la lecture commence dès la couverture : minimaliste, titre énigmatique, personnage tout droit sorti d’une illustration du New Yorker, regard en coin. On pressent déjà de la finesse, de l’intelligence. Cela se confirme dans le cœur du récit, délimité par deux cataclysmes, dans une symétrie qui n’est pas sans rappeler Short cuts de Robert Altman (dont on ne dira jamais assez qu’il fut plagié dans Magnolia !). Le scénario, navigant entre les époques, les rêves, les métaphores, est sans conteste élitiste, comme le sont les récits de David Lodge. Mais David Mazzucchelli, comme Lodge, réussit à instiller de l’humour et de la simplicité sous ces dehors abrupts.

Difficile de séparer l’aspect narratif du traitement graphique, tant les deux s’imbriquent, se complètent, se fondent. Les couleurs, bleu pâle, mauve, rappellent les plans que dessinait probablement Asterios, l’abord parfois difficile des pages s’estompe quand on en comprend l’articulation, chaque sentiment trouve sa représentation graphique, l’écoulement du temps se matérialise. Le dessin sait s’atténuer quand il le faut, se faire plus incisif par moments. Du grand art !

A la différence de son personnage, David Mazzucchelli aura su matérialiser ses théories graphiques et narratives dans un ouvrage éblouissant de maîtrise, touchant, intelligent, drôle. Avec Body World de Dash Shaw je redécouvrais que la bande dessinée pouvait être plus qu’une simple mise en images, avec Asterios Polyp j’ai eu le sentiment de toucher au sublime, à la perfection.



Scénario & Dessins : David Mazzucchelli - Editeur : Casterman - One shot.

 
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2 commentaires:

  1. En effet, c'est une grande BD. L'opposition cartesien/émotionel apparait autant de l'histoire que dans le dessin.
    J'ai beaucoup apprécié même si je pense qu'il faut un peu de bagage bd avant de l'aborder car elle est assez exigente.

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  2. Effectivement, elle ne se destine pas forcément à un large public. Mais je pense que c'est le lot d'une grande majorité des romans graphiques.

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