Preacher - Ennis / Dillon

. . 2 commentaires:
Des lustres que mon libraire me conseille de lire Preacher et que je ne trouve pas le courage. Qu’est-ce que c’est que cette connerie de pasteur frappé par une entité tout droit échappée du paradis ? Et il recherche Dieu, c’est ça ? Et ça se passe au Texas ? Pas que, mais en partie. Tout ce que j’aime, quoi… En bon élève, je me suis tout de même lancé et… pas moyen de décrocher !

Tout commence donc dans un bled paumé du Texas, où le jeune révérend Jesse Custer officie depuis quelques temps. Ambiance crasse, lourd passé, il commence à picoler sérieusement et à déblatérer sur les petits secrets des uns et des autres ; si bien qu’un soir où il va un peu trop loin, il se fait tabasser dans le bar de la ville...

Quand il reprend ses esprits, il est bientôt l’heure de son sermon du dimanche. Il débarque dans l’église et, surprise, toute la ville y est entassée, flippée ou avide de ce qu’il pourra bien pouvoir dire. C’est alors qu’une lumière traverse la nef et vient le frapper de plein fouet, provoquant une explosion qui extermine les quelques centaines d’âmes présentes, à l’exception bien entendu de Jesse.

Sans trop comprendre ce qui se passe, il prend la fuite, vite rejoint dans sa cavale par son ancienne petite amie Tulip et un autre acolyte, vampire de son état, nommé Cassidy. Jesse apprendra vite que ce jour-là son esprit a fusionné avec une entité du nom de Genesis, née de l’union d’un séraphin et d’une démone, et dotée de pouvoirs comparables à ceux de Dieu. Un de ces pouvoirs se manifeste chez Jesse : la voix de Dieu, à laquelle personne ne peut désobéir. Tous trois se lancent ainsi dans une folle cavale à la recherche de Dieu, réfugié sur Terre après avoir démissionné du Paradis et probablement responsable de tout ce merdier. Ils croiseront de vieilles connaissances du KKK, un tueur venu tout droit de l’enfer, un ordre millénariste dépositaire de la lignée de Jésus, bref, tout ce que la Terre et le Ciel peuvent porter de plus pourri.

On comprend, à ce bref résumé, que Garth Ennis ne fait pas dans la dentelle. Ça part dans tous les sens, dans un grand délire où les plus bas instincts occupent le devant de la scène. On est dans une imagerie crasseuse du Sud américain, dévot, raciste, violent. Ennis pousse l’irrévérence et la cruauté assez loin, avec un cynisme souvent tordant. Comme cet épisode mémorable où le Graal, cette fameuse secte qui tient les chefs d’états en laisse et préserve la descendance de Jésus jusqu’à l’Armageddon, présente son « Messie » à l’un de ses fidèles. Inutile de dire que la consanguinité sur 2000 ans, ça fait pas mal de dégâts !

Cependant, le scénario d’Ennis n’est pas si branque qu’il n’y paraît. En effet, ce grand n’importe quoi trouve toujours sa cohérence, s’enrichit de flashbacks sur les origines de chaque personnage. La narration est dense, complexe, passionnante. Ce n’est pas un hasard si l’introduction du premier volume est signée Joe R. Lansdale. L’auteur texan partage avec l’Irlandais ce talent de mettre en mots la beauferie du Sud et ses histoires abracadabrantes, et un certain goût esthétique pour la bonne vieille castagne.

Steve Dillon fait lui un très bon boulot sur le dessin, n’épargnant aucun détail scabreux et composant des personnages tous plus incroyables les uns que les autres (Tête de Fion, l’Archipère d’Aronique, Odin Quincannon,…). Même si la précision n’est pas toujours au rendez-vous, son style cadre parfaitement au récit et offre de vraies réussites. Petit plus indissociable de son dessin : les couvertures de Glenn Fabry, du passable au génial (ma préférence va à celle du tome intitulé Salvation).

Preacher est un monument outrancier et complètement barge. Garth Ennis et Steve Dillon sont depuis passés à d’autres divertissements ; il faut dire que le dernier tome aura paru avec 11 ans de retard sur la publication US… Donc, un seul mot d’ordre pour ceux qui ne s’y sont pas encore essayés : ruez-vous dessus ! Et pour les plus jeunes, nos chères têtes blondes innocentes : magnez-vous de grandir !


Scénario : Garth Ennis - Dessins : Steve Dillon - Editeur : Panini Comics - Collection Vertigo cult - Série finie - 9 tomes.



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2 commentaires:

  1. Bon, vu qu'il n'y a pas d'article consacré à cet ouvrage, je me permets de poser une question sur cet article (et tu m'en excuseras ^^).

    Est-ce que "Kamui den" de Sanpei Shirato vaut le détour? Deux premiers volumes sont dispo aux éditions Kana, font environ 1500 pages, et m'intéresse grandement. Mais quitte à dépender 27,55 €, autant obtenir de la qualité.

    Merci et bonne continuation!

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  2. Salut :o)

    Je n'ai pas lu ce titre, mais de ce que j'ai pu en lire comme avis ici où là, c'est que les propos sont assez politisés et que certaines scènes sont assez crues (voir vraiment choquantes).

    Personnellement je ne suis pas trop fan des titres se déroulant sous l'ère Edo, mais les amateurs du genre trouvent apparemment dans ce titre de nombreuses qualités.

    Peut-être que d'autres pourront te renseigner mieux que moi.

    A bientôt ! :o)

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