Preacher - Ennis / Dillon
Des lustres que mon libraire me conseille de lire Preacher et que je ne trouve pas le courage. Qu’est-ce que c’est que cette connerie de pasteur frappé par une entité tout droit échappée du paradis ? Et il recherche Dieu, c’est ça ? Et ça se passe au Texas ? Pas que, mais en partie. Tout ce que j’aime, quoi… En bon élève, je me suis tout de même lancé et… pas moyen de décrocher !
Tout commence donc dans un bled paumé du Texas, où le jeune révérend Jesse Custer officie depuis quelques temps. Ambiance crasse, lourd passé, il commence à picoler sérieusement et à déblatérer sur les petits secrets des uns et des autres ; si bien qu’un soir où il va un peu trop loin, il se fait tabasser dans le bar de la ville...
Quand il reprend ses esprits, il est bientôt l’heure de son sermon du dimanche. Il débarque dans l’église et, surprise, toute la ville y est entassée, flippée ou avide de ce qu’il pourra bien pouvoir dire. C’est alors qu’une lumière traverse la nef et vient le frapper de plein fouet, provoquant une explosion qui extermine les quelques centaines d’âmes présentes, à l’exception bien entendu de Jesse.

On comprend, à ce bref résumé, que Garth Ennis ne fait pas dans la dentelle. Ça part dans tous les sens, dans un grand délire où les plus bas instincts occupent le devant de la scène. On est dans une imagerie crasseuse du Sud américain, dévot, raciste, violent. Ennis pousse l’irrévérence et la cruauté assez loin, avec un cynisme souvent tordant. Comme cet épisode mémorable où le Graal, cette fameuse secte qui tient les chefs d’états en laisse et préserve la descendance de Jésus jusqu’à l’Armageddon, présente son « Messie » à l’un de ses fidèles. Inutile de dire que la consanguinité sur 2000 ans, ça fait pas mal de dégâts !
Cependant, le scénario d’Ennis n’est pas si branque qu’il n’y paraît. En effet, ce grand n’importe quoi trouve toujours sa cohérence, s’enrichit de flashbacks sur les origines de chaque personnage. La narration est dense, complexe, passionnante. Ce n’est pas un hasard si l’introduction du premier volume est signée Joe R. Lansdale. L’auteur texan partage avec l’Irlandais ce talent de mettre en mots la beauferie du Sud et ses histoires abracadabrantes, et un certain goût esthétique pour la bonne vieille castagne.

Preacher est un monument outrancier et complètement barge. Garth Ennis et Steve Dillon sont depuis passés à d’autres divertissements ; il faut dire que le dernier tome aura paru avec 11 ans de retard sur la publication US… Donc, un seul mot d’ordre pour ceux qui ne s’y sont pas encore essayés : ruez-vous dessus ! Et pour les plus jeunes, nos chères têtes blondes innocentes : magnez-vous de grandir !
Scénario : Garth Ennis - Dessins : Steve Dillon - Editeur : Panini Comics - Collection Vertigo cult - Série finie - 9 tomes.
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