Idées Noires - Franquin

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André Franquin avait déjà évoqué de nombreuses idées par l'intermédiaire du personnage de Gaston Lagaffe, comme l'antimilitarisme ou l'écologie. Mais c'est dans "Idées Noires" que le génial auteur nous fait part de ses plus grosses angoisses et obsessions.

Avec "Idées Noires" Franquin dénonce toutes ces choses qui le révoltent : la peine de mort, les chasseurs, la guerre, les armes et les militaires, le nucléaire, les industriels… Avec  sadisme, beaucoup de cynisme mais surtout d'humour noir, il nous délivre ses peurs, avec un certain spleen à l'image de cet autoportrait en couverture sur laquelle il broie du noir… au sens propre. Franquin dira lui-même "Cela vient sûrement d'une tendance à la dépression qui n'était pas mortelle car ce sont tout de même des gags pour faire rire, non ?". Même si la majorité des scénarios sont de Franquin, certains  sont signés Yvan Delporte, Luce Degotte, Roba ou encore Gotlib.

Les "Idées Noires" débutent leur publication en mars 1977 dans "Le Trombone Illustré" (supplément du journal de Spirou), puis ensuite dans Fluide Glacial jusqu'en décembre 1984. Depuis, de nombreuses éditions plus ou moins onéreuses (dont une magnifique édition limitée chez Marsu Productions au très grand format reprenant les planches originales brutes, non retouchées) ont vu le jour. La version intégrale de Fluide Glacial parue en 2001 en est déjà à sa septième réédition ! Preuve s'il en fallait une que ces "Idées Noires" continuent d'en amuser et inspirer plus d'un.

Utilisant génialement des silhouettes noires (composées, pour certaines, d'une multitude de traits tracés avec une infinie patience au Rotring) et l'art de la caricature, Franquin imprègne ses planches d'une noirceur profonde et d'une incroyable densité. Chaque planche est un bijou, de son titre toujours composé d'un jeu de mot bien senti (les fameux "il ne faut pas confondre…") à la signature souvent si expressive.

"C'est malheureux, certaines de nos sauvageries ont de la gueule. Nous ne sommes plus cannibales, c'était sale et ça n'avait aucune allure. Mais il y a toujours des militaires : l'uniforme et ses breloques amuse-couillons, le matériel compliqué, formidablement bruyant, puissant, hérissé de superzizis, cocardes, lettres géantes, signes et insignes, se détachent sur couleurs mates... Un régal pour les dessinateurs. Si un jour la vue de la moindre machine à tuer soulève le coeur de tout terrien, nous serons civilisés. On ne sera plus militaires ; comme aujourd'hui on n'est plus cannibales.
André Franquin

Tant que les hommes continueront de détruire, les idées resteront noires… La seule planche optimiste dans laquelle un personnage dit "c'est la vie ! je sais bien que ça finira mal, mais je suis persuadé que d'ici-là je trouverai dans cet univers un petit espace pour moi" et suivie d'un gag avec un homme se lançant dans le désert en entonnant un grand "qui m'aime me suive !" et ne récoltant comme compagnon qu'un lugubre vautour… De l'optimisme oui, mais il ne faudrait pas non plus trop y croire !

La bêtise humaine n'a sans doute jamais influencé le neuvième art d'une aussi bonne manière. En lisant et relisant les "Idées Noires", on se rend compte à quel point les sujets abordés sont intemporels et malheureusement toujours d'actualité. Alors vengeons-nous grâce à Franquin dans le plaisir pervers de voir se faire malmener ces trop nombreux nuisibles.


Retrouvez plein d'info et anecdotes sur les "Idées Noires" sur ce très bon fan site : http://ideesnoires.free.fr/



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