Sans même nous dire au revoir - Kentarô Ueno

. . 4 commentaires:

La collection Made In de Kana accueille en cet automne le premier titre traduit en France de Kentarô Ueno, mangaka d’une veine plutôt humoristique. Étonnant pour cette collection qui peut s’enorgueillir de compter dans ses rangs quelques Taniguchi et les œuvres d’Inio Asano ? Pas le moins du monde, car Sans même nous dire au revoir occupe une place à part dans la production de Ueno : récit autobiographique, exutoire, qui relate le décès de son épouse et les jours qui suivirent. Poignant.

En ce 10 décembre 2004, Kentarô Ueno travaille avec son assistant au premier étage de sa maison. L’échéance relativement courte pour les planches de Noël d’un magazine leur fait mettre  les bouchées doubles. A minuit, il redescend et trouve son épouse, Kiho, face contre sol. Il se penche vers elle, l’appelle, elle ne réagit pas. Il prend son pouls, constate que le cœur ne bat plus. Les secours arrivés en urgence n’y changeront rien, Kiho est décédée d’un arrêt cardiaque.

Les évènements s’enchaînent ensuite : l’hébétude, prévenir les proches et en premier lieu leur fille de 10 ans, les amis, raconter mille fois le déroulement tragique, organiser les obsèques, perdre peu à peu son odeur, conserver toutes les traces possibles de sa vie, ce à quoi on se raccroche (le dernier repas qu’elle a cuisiné, congelé probablement à tout jamais).

Rédigé peu de temps après le décès, le récit de ces évènements douloureux est d’une incroyable puissance. Il contient toute l’incompréhension de l’auteur, ses sensations décrites à travers des dessins emplis de symbolisme, comme ce baiser où les visages des deux époux semblent faits d’une étoffe, à la manière des Amants de Magritte (merci Ginie pour la référence).

Le ton est donc nécessairement dur, car fidèle au ressenti de l’auteur. Rien n’est embelli, rien n’est réellement romancé. On est dans une description clinique des sentiments, s’attachant à chaque détail qui contient du sens : son paquet de cigarettes, sa ventoline, le dernier verre utilisé. On ressent de la première à la dernière page la fonction salvatrice du dessin, comme une façon d’exorciser la douleur, de la nommer dans sa multiplicité. 

Sans même nous dire au revoir est une œuvre magnifique, dure et tendre à la fois. A travers le récit de ces quelques jours, Kentarô Ueno touche au cœur ; une inévitable empathie naît à la lecture du drame, tellement inattendu et dans le même temps si commun, si banal. C’est aussi le récit de l’acceptation : acceptation de la mort à travers le deuil, acceptation de sa banalité et nécessaire retour à la vie. On ne sort pas indemne de sa lecture.



Scénario & Dessins : Kentarô Inoue - Editeur : Kana - Collection Made In - Récit complet.
© UENO Kentaro 2010 / PUBLISHED BY ENTERBRAIN, INC.



 

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4 commentaires:

  1. wha ! ça a l'air pas dur comme lecture.. enfin.. c'est clairement le genre de BD qui me fait peur : j'ai peur d’être trop chamboulée après. Mais ça donne envie aussi. Quel dilemme !

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  2. Personnellement je ne pourrais pas et vu ce que Tristan m'en a dit et la façon dont cela l'a marqué, je sais que ce n'est pas pour moi ^^

    Mais cela doit être très bien, faut juste pas être déjà un peu déprimé au moment de la lecture quoi...

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  3. On se projette vite... Effectivement bien choisir le moment où on le lit. Pour moi, c'était avant de me coucher, c'était pas le meilleur choix!

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  4. Ouais, c'est dur, très dur mais magnifique aussi. Je ne regrette pas de l'avoir lu même si j'en ai encore la gorge serrée. Bravo Tristan pour l'excellence de ta critique et continuez à nous faire découvrir de belles histoires dessinées.

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